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Publié
10 août 2021
Temps de lecture
11 minutes

Le travail à l’ordinateur – D’un malaise physique vers une santé globale unifiée

Le travail à l’ordinateur – D’un malaise physique vers une santé globale unifiée
Louis-Philippe Dea
10 août 2021 / lecture de 11 minutes

Quasi tout le monde que je connais qui travaille dans le domaine du web et au quotidien avec l’ordinateur souffre de douleurs physiques, de maux étranges ou/et de fatigue chronique…

Je suis bien placé pour partager à ce propos.

En 2004, je commençais mes études au Cégep en Technique d’Intégration Multimédia. J’ai appris les bases de la programmation web et du design graphique, ce qui mena à la création de mon agence en 2008.

Ce fut aussi le début d’une longue période de passivité physique et d’une déconnexion profonde des besoins de mon corps physique.

Car on enseigne comment créer des sites Internet, programmer, scénariser, designer, mais nos relations avec les outils de travail – la chaise et l’écran – ça, on n’en parle pas. Nul n’en voit la nécessité et nul n’est qualifié pour l’enseigner.

Imaginez un peu si on négligeait d’apprendre aux apprentis constructeurs les bases de la sécurité pour l’utilisation adéquate d’une scie à chaîne ou d’un banc de scie ! C’est la même chose avec l’ordinateur, sauf que les dommages ne se voient pas instantanément, cela se passe insidieusement, sur une longue période.

On n’imagine pas l’ampleur des conséquences qu’occasionne le fait de passer 10, 20 ou 30 ans de sa vie assis sur une chaise à regarder sans cesse un écran, plusieurs heures par jour, sans avoir conscience de la passivité de ses méridiens, fascias, muscles et os. De ne pas avoir conscience, même, qu’ils s’endorment petit à petit parce que notre respiration est si affectée, que notre souffle suffit tout juste à nourrir les fonctions vitales de notre corps.

En tant que web designer ou programmeur, quand on nous demande de modifier UNE chose sur un site web, cela peut nécessiter de faire une cinquantaine, voire une centaine de microtâches sur un court laps de temps : programmer la modification, tester, reprogrammer pour ajuster, retester, réajuster, etc. Effectuer plusieurs modifications sur différents sites web dans la même journée peut impliquer des milliers de microtâches journalières. On se retrouve alors dans une espèce de tunnel où plus rien d’autre n’existe que l’écran et la tâche en cours… Garder notre conscience sur tout ce qui se passe dans le moment présent – en nous et autour de nous – devient alors un défi monstrueux. Il en résulte un taux continuellement élevé d’hormones de stress telles que le cortisol et l’adrénaline. De façon plus ou moins subtile, le corps tombe en mode survie.

C’est ce que j’ai vécu. Et grâce à de nombreux témoignages, je peux affirmer que c’est ce que vivent beaucoup plus de gens qu’on ne le croit. Heureusement pour moi, en 2014, tout dérapa. Littéralement…

Sur le coup, ayoye ! Ça a fait mal. Vraiment. Mais quand je n’ai plus été capable de supporter les douleurs physiques, cela m’a poussé à plonger intérieurement pour aller à ma rencontre, dans une grande intimité pour y découvrir les causes profondes de ces malaises. Ma gratitude pour cette guérison est immense, plusieurs années après le début de ce processus infini.

Je vous partage…

Sur le plan personnel, différents événements percutants survinrent en même temps, notamment la naissance de mon fils, qui vint bouleverser mon univers intérieur. Sur le plan professionnel, je dus licencier tous mes employés suite à ma mauvaise gestion des finances de mon entreprise. Finalement, sur le plan de la santé physique, il y avait l’épuisement professionnel accumulé et les douleurs chroniques qui devenaient de plus en plus difficiles à vivre.

Connaissez-vous cette phrase célèbre d’une chanson de Leonard Cohen ? « There is a crack, a crack in everything. That’s how the light gets in. »

chemin vers la guérison

L’accumulation de ces événements et ressentis souffrants devint pour moi cette fameuse craque. La porte d’entrée pour révéler au grand jour, petit à petit, les chimères sur lesquelles les fondations de ma personne étaient basées.

On parle souvent de « mourir à petit feu ». Ici, j’ai envie d’utiliser « me reconstruire à petit feu ». Une brique à la fois. Mais cette fois, créer (ou plutôt « dévoiler ») de nouvelles fondations solides et durables, tout en restant malléables comme un bambou qui bouge au vent, pour que je puisse renaître à chaque nouvelle prise de conscience ayant des changements directs sur ma vision du monde et de ma place dans celui-ci.

Suite à la mise à pied des employés de l’agence, je retrouvai le statut de travailleur autonome. Cela m’apporta l’espace, la flexibilité et le temps nécessaire pour vivre ce processus de guérison.

Deux formations professorales en yoga avec Shankara Darby ont fait naître en moi cet amour de découvrir mon corps physique depuis son intérieur. Les fascias, les méridiens, la proprioception et les principes de tenségrité m’étaient totalement inconnus. Cet apprentissage est sans fin, et ce chemin de découvertes m’a permis et me permet encore, à chaque nouveau déblocage, de me réapproprier mon corps physique, m’apportant beaucoup de joie, de pouvoir et d’autonomie.

La danse a aussi contribué à amener de la fluidité dans mes mouvements et m’a permis de sortir de ma rigidité physique, d’extérioriser certains malaises internes, enregistrés dans le corps.

D’autres pratiques ont aussi déclenché un début d’harmonisation sur le plan mental, émotionnel et énergétique : méditations, scans corporels et détente profonde du système nerveux, observation et déprogrammation des croyances limitatives, ouverture du cœur énergétique et reprise de contact avec les messages de l’âme.

La création d’un grand jardin que je baptisai « Le Jardin de la Guérison » me permit de reconnecter avec la nature et d’approfondir mon ancrage à la Terre. Ce lieu attira de nouvelles amitiés, et nous sommes plusieurs à avoir pu, grâce à lui, élargir notre conscience du rôle de la nature dans nos processus de vie et de transformation.

jardin de la guérison

Même mes séances de travail avec un écran sont devenues des moments méditatifs et d’exploration où je joue à m’observer de l’intérieur tant au niveau respiratoire, qu’au niveau mental, émotionnel, éthérique et physique.

Ce que je croyais d’abord n’être qu’une nécessité de guérir des maux physiques s’est transformé en une guérison globale qui dut passer nécessairement par un réalignement de mon chemin de vie. Redécouvrir le désir profond de contribuer activement au bien-être de la collectivité, et me rendre disponible au service de l’évolution de l’Être humain. Car oui, c’est très possible d’y participer activement avec une formation en programmation web.

Je suis heureux que le travail à l’ordinateur soit toujours présent dans ma vie. C’est le « comment », le « pourquoi » je le fais ainsi que ma propre écoute intérieure qui amènent une nouvelle dimension et qualité à celui-ci.

Dans l’action, ça se traduit concrètement par les types de mandats auxquels je dis « Oui ! », les projets auxquels je choisis de dédier mon énergie, le nombre de pauses que je prends dans une journée, une réduction des heures de travail ; je bouge davantage, je m’alimente mieux, j’écoute, j’ajuste, etc.

En 2018-2019, une opportunité de contribuer concrètement par le partage de mon propre chemin me fut offerte. J’acceptai un poste en tant qu’enseignant à temps partiel au Cégep de Saint-Jérôme pour donner des cours de web à de jeunes étudiant.e.s. qui débutaient sur le même parcours professionnel que moi plus d’une décennie plus tôt.

Je crois avoir réussi à partager avec eux quelques-unes des ouvertures de conscience que j’ai vécues par rapport à ce qui se passe dans chacun de nous lorsque nous travaillons devant un écran d’une façon passive, c’est-à-dire sans l’observation active de notre ressenti.

Un des enseignements extracurriculaires était, par exemple, qu’au milieu d’un travail pratique de programmation, j’arrêtais la classe pour que nous prenions ensemble quelques instants pour observer ce qui se passait en nous.

Après 2 à 3 minutes passées à focaliser notre attention sur notre respiration et notre corps, une question toute simple comme : « Qu’est-ce que tu observes ? » pouvait ouvrir sur des bijoux de prise de conscience dans le genre :

« Je vois que je ne respire pas. »
« Je me sens tout tendu de l’intérieur (ou à l’épaule, dans le ventre, dans le dos, la mâchoire…). »

Je partageais mes expériences et prises de conscience aux étudiants: « Parfois, ce n’est pas nécessairement l’oublie de prendre une pause qui est la cause des tensions. Parfois, c’est juste qu’on n’est plus présent. Que notre conscience est entièrement absorbée par l’écran et que nous sommes pris mentalement par le besoin de terminer notre tâche. Et d’autres fois, c’est notre corps qui a tout simplement soif ! Tout malaise porte son message ! »

Les étudiants ont dû me trouver un peu (ou beaucoup!) étrange avec mes cours ultras participatifs et hors normes. Mais si j’ai pu être un facteur de mouvance et d’ouverture, si j’ai pu les encourager dans leur propre auto-observation, en étant une craque moins difficile à digérer que celle que j’ai vécue, alors cette contribution m’apporte beaucoup de joie et de gratitude pour cette expérience de vie.

Celle-ci m’a aussi permis de toucher concrètement la différence entre « enseigner » des notions apprises intellectuellement, et partager à partir de ma propre transformation, vécue dans mon corps et intégrée dans ma vie grâce à un processus sur plusieurs années. Quelle différence de puissance, d’impact !

Cette compréhension, à son tour, a fait son chemin, donné naissance à d’autres vécus, d’autres transformations, et a certainement joué son rôle dans la création du magazine Intégrer !

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